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Au Lido, le sentiment d’un terrible gâchis

Après des années de gestion contestable par l’ancien dirigeant Sodexo puis la vente au groupe Accor en décembre 2021, les salariés ont appris au début mai par voie de presse la fin d’une institution vieille de soixante-quinze ans, emblématique du cabaret à la française… et le licenciement de 157 salariés. Un désastre annoncé qui aurait pu être évité, selon la section CFDT.

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« En avril 2021, quelqu’un de mon entourage est venu me demander ce qu’on allait faire à la suite de la session du Lido. Deux jours après, nous avions une réunion CSE au cours de laquelle j’ai demandé à Sodexo quand ils comptaient nous informer de cette vente. Ils ont nié en bloc », se remémore Dan Bennett, maître d’hôtel au Lido et délégué syndical CFDT. Le début d’une série de mensonges du géant de la restauration d’entreprise, qui avait en 2006 racheté la maison légendaire inaugurée en 1946 par Joseph et Louis Clerico.

Nier l’évidence

En décembre 2021, c’est la presse qui annonce la reprise du cabaret des Champs-Élysées par le groupe Accor, la direction niant une nouvelle fois l’évidence, jusqu’à la conclusion de la vente, le 7 février 2022. « Lors de la première réunion avec le nouveau propriétaire, le DRH monde nous a rassurés sur l’attachement du groupe Accor à l’ADN du Lido et sur le maintien de l’ensemble des postes. Il nous a même parlé de faire prospérer l’entreprise. Et face à l’énorme portefeuille clients du groupe, l’inquiétude est, dans un premier temps, retombée », se remémore Ulrich Bermont, chef de rang et élu au conseil d’administration.

L’espoir sera de courte durée. Deux jours plus tard, le nouveau directeur général, Jean-François Richard, annonce de son côté qu’un audit est lancé et que « tout est possible ». Reste que, depuis plusieurs mois, le bruit court de la fermeture du Lido et de sa transformation en un cabaret musical, donnant aux salariés le sentiment que le groupe hôtelier n’a jamais envisagé de sauver le Lido : « Ils nous ont dit que le cabaret spectacle avec des danseuses seins nus était has been à l’époque de #MeToo, mais ont dû reconnaître que le Moulin Rouge fonctionne merveilleusement », rappelle Dan Bennett, au Lido depuis trente-trois ans.

Erreurs de gestion successives

Comment en est-on arrivé à 10 millions de pertes annuelles depuis dix ans ? La section CFDT dénonce des erreurs successives de gestion du géant de la restauration collective ainsi qu’un manque d’investissements : « Sodexo nous a transformé en ensemble multimarques avec le tournoi de Roland-Garros, la tour Eiffel ou encore les Bateaux Parisiens et les Yachts de Paris, qui sont des entreprises qui tournent toutes seules – ce qui n’est pas le cas du Lido, qui nécessite une véritable stratégie commerciale et une gestion de l’image de marque », commente Dan Bennett, qui a lancé la section CFDT dans l’entreprise il y a quatre ans.

Erreur encore plus « stratégique » : le spectacle « Paris Merveilles », créé et mis en scène en 2015 par Franco Dragone, l’ancien directeur du Cirque du Soleil : « Le spectacle a été montré aux tour-opérateurs du monde entier alors qu’il n’était pas terminé, les danseuses étaient en jogging », se souvient Ulrich Bermont, au Lido depuis vingt ans. De fait, « Paris Merveilles » aura du mal à décoller, et l’arrivée en 2019 de la nouvelle directrice générale, Julie Grégoire, ne permettra pas de redresser la barre.

La direction veut imposer des APC

Après six mois de fermeture à cause du coronavirus, la direction dénonce en juin 2020 les accords d’entreprise et veut signer des accords de performance collective (APC) comprenant une baisse de salaire de 10 % et une réduction des primes par l’annualisation des heures de travail. Avec le recul, la section CFDT considère que le but inavoué de l’APC était de réduire la masse salariale afin de rendre le Lido plus attrayant en vue d’une vente. Mais alors que l’État propose des aides pour aider les entreprises en difficulté, Sodexo change son fusil d’épaule : « Lorsque nous sommes arrivés pour signer l’accord, la direction nous a dit qu’elle allait finalement mettre en place un accord d’activité partielle de longue durée [APLD], que nous avons signé en juillet 2021 », détaille Ulrich Bermont. Ce système permet une prise en charge des salaires par l’État à hauteur de 84 %. Mais en parallèle, l’entreprise obtient des aides substantielles de l’Etat consacrées au paiement des loyers. (…) Lire la suite sur Syndicalisme Hebdo

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